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1924

XLVI

Anna NOAILLES

Ce n’est peut-être pas le tribut que réclame Un cœur profond et délicat, Cet amour allongé qui vient comme une lame Frapper la rive avec fracas.

Ne pouvant pas comprendre et juger ce qu’on aime, On ne fait que doubler son cœur ; On est comme on voudrait que l’on fût pour soi-même ; Mais l’abondance a ses erreurs !

— Ne livrons pas à ceux qu’un faible élan contente L’univers que nous possédons ; Transmettre, en exultant, l’espace qui nous hante Est un fardeau autant qu’un don.

La passion contient l’amour avec la hargne, Et son orage est maladroit ; Peut-être faudrait-il que parfois l’on épargne Les cœurs étonnés d’être étroits !

Déguisons la fierté de nous sentir prodigues ; — Que pèse notre orgueil du feu Devant la pauvreté de notre être qui brigue La faveur d’obtenir un peu !

Devenons attentifs à ces âmes choisies Que l’on goûte à travers leurs corps ; Contraignons, en souffrant, l’altière fantaisie, — Aimer moins est si fort encor !

Il n’est pas, pour nouer une divine attache, Que ces excès mal assainis. — Mais vraiment, se peut-il qu’auparavant l’on sache Que l’on blesse par l’infini ?

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