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1924

XLIV

Anna NOAILLES

Les mots sans qu’on les craigne ont d’effrayants pouvoirs, Ils sont les bâtisseurs hasardeux des pensées, L’âme la plus puissante est parfois dépassée Par ces rêves actifs que l’on voit se mouvoir.

— Laissons se balancer dans leur ombre décente L’excessive tristesse et l’excessif besoin ! Confions le secret ou la hâte oppressante Au silence sacré qui ne les livre point.

Un souvenir dormant cesse d’être coupable, Tout ce qui n’est pas dit est innocent et vrai ; S’il consent à garder sa face sombre et stable Le mensonge lui-même est un noble secret.

Ô Vérité tentante et qu’il faut qu’on esquive, Monacale pudeur, effort, renoncement, Sainteté des torrents retenant leur eau vive, Solitude du cœur et de la voix qui ment !

Tendresse de la main qui parcourt et qui lisse La vie atténuée et calme des cheveux, Tandis que le désir se prive du délice De déchaîner l’orage éloquent des aveux !

Résolution pure, auguste et difficile De n’accaparer pas l’esprit avec le corps, De rester étrangers, pour que le plus fragile Ne soit pas prisonnier de l’ineffable accord !

Feintise d’être heureux en dehors de l’ivresse, Accommodation aux paisibles instants : Plus que les cris, les pleurs, les secours, les caresses, Vous êtes le mérite insondable et constant !

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