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1924

LXXXVIII

Anna NOAILLES

Les vers que je t’écris ne sont pas d’Orient, Je ne t’ai pas connu dans de beaux paysages, Je ne t’ai vu mobile, anxieux ou riant, Qu’en des lieux sans beauté qu’animait ton visage.

Tout le tragique humain je l’ai dit simplement, Comme est simple ta voix, comme est simple ton geste, Comme est simple, malgré son fastueux tourment, Mon invincible esprit que ton œil rend modeste.

Mon front méditatif, et qui porte le poids De sentir s’emmêler à mes pensers les astres, Te bénit pour avoir appris auprès de toi Le rêve resserré et les humbles désastres.

Et si ton innocent et rayonnant aspect Ne m’avait longuement imposé son mirage, Je n’aurais pas la vive et misérable paix Qui préserve mes jours des douleurs sans courage…

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