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1924

LXX

Anna NOAILLES

Pareils à l’Océan qui dans sa force trouble Contient un orage inconnu, Tes yeux de sombre azur sont pleins de lueurs doubles, Jamais ils ne me semblent nus.

Je ne connais pas bien ces lieux de ma misère Et de ma longue attention ; Ainsi que sur la lande aux chardons aigus, j’erre, Me blessant aux déceptions.

— Hélas ! J’étais puissante, attentive, précise, Mais où toucher ton cœur amer ? À présent je ressemble à ces femmes assises Guettant les barques sur la mer.

J’attends qu’une heure sonne à quelque vague horloge, Que je ne sais où situer ; Je souffre dans mon cœur indomptable où se loge L’espoir, que tu ne peux tuer !

— Et pourtant, cher esprit où s’ébattent des ailes, J’aime mieux ne jamais connaître les nouvelles Que renferme ton front têtu, J’appréhende le mot par qui le cœur chancelle…

Merci de t’être toujours tu !

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