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1924

LIII

Anna NOAILLES

C’est l’hiver, le ciel semble un toit D’ardoise froide et nébuleuse, Je suis moins triste et moins heureuse, Je ne suis plus ivre de toi !

Je me sens restreinte et savante, Sans rêve, mais comprenant tout. Ta gentillesse décevante Me frappe, mais à faibles coups.

Je sais ma force et je raisonne, Il me semble que mon amour Apporte un radieux secours À ta belle et triste personne.

— Mais lorsque renaîtra l’été Avec ses souffles bleus et lisses, Quand la nature agitatrice Exigera la volupté,

Ou le bonheur plus grand encore De dépasser ce brusque émoi, — Quand les jours chauds, brillants, sonores Prendront ton parti contre moi,

Que ferai-je de mon courage À goûter cette heureuse mort Qu’au chaud velours de ton visage J’aborde, je bois et je mords ?…

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