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1913

LA MESSE DE L'AURORE À VENISE

Anna NOAILLES

Des femmes de Venise, au lever du soleil, Répandent dans Saint-Marc leur hésitante extase ; Leurs châles ténébreux sous les arceaux vermeils Semblent de noirs pavots dans un sublime vase.

— Crucifix somptueux, Jésus des Byzantins, Quel miel verserez-vous à ces pauvres ardentes, Qui, pour vous adorer, désertent ce matin Les ronds paniers de fruits étagés sous les tentes ?

Si leur cœur délicat souffre de volupté, Si leur amour est triste, inquiet ou coupable, Si leurs vagues esprits, enflammés par l'été, Rêvent du frais torrent des baisers délectables,

Que leur répondrez-vous, vous, leur maître et leur Dieu ? Tout en vous implorant, elles n'entendent qu'elles, Et pensent que l'éclat allongé de vos yeux Sourit à leurs naïfs sanglots de tourterelles.

— Ah ! quel que soit le mal qu'elles portent vers vous, Quel que soit le désir qui les brûle et les ploie, Comblez d'enchantement leurs bras et leurs genoux, Puisque l'on ne guérit jamais que par la joie…

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