Mon ami, vous mourrez, votre pensive tête Dispersera son feu, Mais vous serez encor vivant comme vous êtes Si je survis un peu.
Un autre cœur au vôtre a pris tant de lumière Et de si beaux contours, Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la première, Je prolonge vos jours.
Le souffle de la vie entre deux cœurs peut être Si dûment mélangé, Que l'un peut demeurer et l'autre disparaître Sans que rien soit changé ;
Le jour où l'un se lève et devant l'autre passe Dans le noir paradis, Vous ne serez plus jeune, et moi je serai lasse D'avoir beaucoup senti ;
Je ne chercherai pas à retarder encore L'instant de n'être plus ; Ayant tout honoré, les couchants et l'aurore, La mort aussi m'a plu.
Bien des fronts sont glacés qui doivent nous attendre, Nous serons bien reçus, La terre sera moins pesante à mon corps tendre Que quand j'étais dessus.
Sans remuer la lèvre et sans troubler personne, L'on poursuit ses débats ; Il règne un calme immense où le rêve résonne, Au royaume d'en-bas.
Le temps n'existe point, il n'est plus de distance Sous le sol noir et brun ; Un long couloir, uni, parcourt toute la France, Le monde ne fait qu'un ;
C'est là, dans cette paix immuable et divine Où tout est éternel, Que nous partagerons, âmes toujours voisines, Le froment et le sel.
Vous me direz : «Voyez, le printemps clair, immense, C'est ici qu'il naissait ; La vie est dans la mort, tout est, rien ne commence.» Je répondrai : «Je sais.»
Et puis, nous nous tairons ; par habitude ancienne Vous direz : «A demain.» Vous me tendrez votre âme et j'y mettrai la mienne, Puis, tenant votre main
Je verrai, déchirant les limbes et leurs portes, S'élançant de mes os, Un rosier diriger sa marche sûre et forte Vers le soleil si beau…
Cookies on Poetry Cove