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1913

L'AIR BRÛLE, LA CHAUDE MAGIE…

Anna NOAILLES

L'air brûle, la chaude magie De l'Orient pèse sur nous, Nous périssons de nostalgie Dans l'éther trop riche et trop doux.

On entrevoit un jardin vide Que la paix du soir inclina, Et là-bas, la mosquée aride Couleur de sable et de grenat.

La dure splendeur étrangère Nous étourdit et nous déçoit : Je me sens triste et mensongère : On n'est pas bon loin de chez soi.

Ce ciel, ces poivriers, ces palmes, Ces balcons d'un rose de fard, Comme un vaisseau dans un port calme, Rêvent aux transports du départ.

Ah ! comme un jour brûlant est vide ! Que faudrait-il de volupté Pour combler l'abîme torride De ce continuel été !

Des œillets, lourds comme des pommes, Épanchent leur puissante odeur ; L'air, autour de mon demi-somme, Tisse un blanc cocon de chaleur…

Dans la chambre en faïence rouge Où je meurs sous un éventail, J'entends le bruit, qui heurte et bouge, Des chèvres rompant le portail.

— Ainsi, c'est aujourd'hui dimanche, Mais, dans cet exil haletant, Au cœur de la cité trop blanche, On ne sent plus passer le temps ;

Il n'est des saisons et des heures Qu'au frais pays où l'on est né, Quand sur le bord de nos demeures Chaque mois bondit, étonné.

Cette pesante somnolence, Ce chaud éclat palermitain Repoussent avec indolence Mon cœur plaintif et mon destin ;

Si je meurs ici, qu'on m'emporte Près de la Seine au ciel léger, J'aurai peur de n'être pas morte Si je dors sous des orangers…

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