Skip to content
1913

JE SAIS QUE RIEN N'EST PLUS…

Anna NOAILLES

Je sais que rien n'est plus pour moi, et cependant Je regarde parfois les choses de l'espace, Je vois l'ombre de l'if qui divise l'étang, Et l'azur s'entr'ouvrir pour un oiseau qui passe.

La cloche d'un couvent disperse dans les airs Son rêve débordant et son Credo candide : Douce cloche, oasis d'argent du bleu désert, C'est vous la palme et l'eau des soirs tendres et vides !…

Dans la rue, un enfant, un marchand, un tonneau Rendent le calme éther et le pavé sonores ; Je rêve d'un jardin tropical, sur les flots Où gonflent mollement les pompeuses Comores.

Et je regarde luire, entre les toits serrés Où mes tristes regards lentement aboutissent, Ces cieux du soir qui sont si doux et si propices Aux âmes qui n'ont pas encor désespéré…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
JE SAIS QUE RIEN N'EST PLUS… · Anna NOAILLES · Poetry Cove