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1924

ÉROS

Anna NOAILLES

— Les volets, les rideaux, les portes Ont protégé notre bonheur ; Mais, ô mon amie, ô ma morte, Toi qui meurs, qui vis et remeurs,

En ce moment où monte à peine Ta lasse respiration, Que fais-tu de ta passion ? Quel est ton plaisir ou ta peine ?

— Ne demande rien, mon amour ; Ne bouge pas, reste en ta place ; Que ta suave odeur tenace M’ombrage de son net contour.

Je ne pense à rien, je suis telle Que quelque mourante immortelle Qui sent en son cœur tournoyerQui sent en son cœur tournoyer Les flèches qui l’ont abattue,

Et sans pouvoir tuer la tuent. — Dans cette ivresse de souffrir Avec complaisance, ô prodige ! J’observe aux confins du vertige

La stupeur de ne pas mourir…

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