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1924

CXXIV

Anna NOAILLES

Quand je suis ivre de tourment, Gisant malade au fond du gouffre, Je ne me meurs pas faiblement, C’est par ma force que je souffre.

Par tant de force, et par l’essai De calmer l’âme belliqueuse ! Qui peut comprendre cet excès ? La douleur, c’est ce que l’on sait,

La douleur n’est pas partageuse. Elle est notre savoir secret, Notre silence, quoi qu’on fasse ; Si nos cris remplissaient l’espace,

Personne encore ne saurait ; La douleur, c’est le point de rage Où le sort le plus redouté Vient défier notre courage ;

La douleur, c’est la volonté, La volonté des cœurs sans bornes, Bondissants comme des taureaux, Qui, le front dur, le regard morne,

L’épée ancrée entre les cornes, Sont étonnés de souffrir trop ! — Ô volonté simple et féroce, Que tout méprise et veut dompter,

Toi qui connais la gloire atroce De ne pouvoir pas accepter, C’est toi l’horreur et la noblesse Du désir qui, triste, assagi,

Ne saigne plus quand tout le blesse, Et qui se tait quand il rugit !

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