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1924

CXX

Anna NOAILLES

L’orgueil est l’ennemi constant De l’amour et de ses largesses ; Fort comme la vie, il attend Que l’on retourne à sa noblesse.

Il veille sur tout l’abandon, Sur tout le divin esclavage ; Il n’accorde pas son pardon Au clair flamboiement des visages,

— Aux visages lavés de pleurs, À ces larmes froides et rondes Qui ne sont pas de la douleur, Mais l’éblouissement du monde !

— Certes, il est dur de quitter Cet orgueil prudent, fort et triste, Qui, repoussant la volupté, Fait croire à l’âme qu’elle existe ;

Mais à cause de cet effort Par qui tout l’être se surmonte, Par ce consentement de mort, Il est beau d’accepter la honte.

— Je voudrais ne plus rien tenir Que de ton affable puissance, Ne respirer, ne me nourrir Qu’au doux gré de ta complaisance.

Qu’il serait bon, ce dénuement, Au cœur royal que l’on détrône, Et qui vécut trop fièrement ! — Être sans pain, sans vêtement,

Et dans un tendre abaissement En recevoir de toi l’aumône…

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