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1924

CXVI

Anna NOAILLES

Un jour où je ne pus comprendre Ton esprit qui songeait au loin, Je me sentis soudain moins tendre, Et peut-être je t’aimais moins.

Je te voyais petit, l’espace Me reconquérait peu à peu, Je regardais ces calmes cieux Où jamais rien ne m’embarrasse.

Mais alors tu mis sur mon cœur Ton beau visage sans réplique, Et je respirai ton odeur Inconsciente et tyrannique ;

Sans plus d’alarme et de fierté, J’absorbais avec gravité Ton âme innocente et physique, Plus ample pour moi que le ciel ;

— Senteur suave, âpre, vermeille, Tiède aveu confidentiel D’un corps qui songe ou qui sommeille, C’est toi la grâce nonpareille !

— Ainsi sourd le parfum du miel De l’humble maison des abeilles…

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