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1924

CXLVIII

Anna NOAILLES

Parfois, quand j’aperçois mon flamboyant visage, Lorsqu’il vient d’échapper à ta bouche et tes doigts, Je ne reconnais pas cette exultante image, Et je contemple avec un déférent effroi

Cette beauté que je te dois ! Comme de bleus raisins mes noirs cheveux oscillent, Ma joue est écarlate et mon œil qui jubile Mêle à sa calme joie un triomphant maintien ;

Je n’ai vu ce regard florissant et païen Que chez les chèvres de Sicile ! Moment fier et sacré où, sevré de désir, Mon cœur méditatif dans l’espace contemple

La seule vérité, dont nous sommes le temple ; Car que peut-il rester dans le monde à saisir Pour ceux qui, possédant leur univers ensemble, Ont mis l’honneur dans le plaisir ?…

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