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1924

CXIV

Anna NOAILLES

Tu as ta force, j’ai ma ruse ; Ta force est d’être ce que j’aime, Elle est dans ta faiblesse même. — Mais parfois mon instinct plaintif

Écoute d’un cœur attentif Ma passion pour toi qui s’use. Tu ne peux t’en douter, sachant Qu’on n’épuise jamais mon âme,

Tu n’entends pas mon secret blâme, Ni ce léger chant triomphant D’une ardeur que le temps entame. Tu restes calme et confiant.

— Mais moi, épiant ma détresse, Je perçois jusqu’au battement Plus délicat de mon ivresse ; Je goûte, — lourde et sans tourment, —

Une consolante paresse. — Ah ! si je pouvais oublier Ces instants courts, rares, extrêmes, Où, mes doigts à tes bras liés,

Je poursuis en ton cœur pillé Je ne sais quel plus pur moi-même, Je déferais mon cœur du tien, Et, recouvrant mon amplitude,

J’irais vers cette solitude En qui tout être m’appartient !…

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