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1924

CLXX

Anna NOAILLES

Tout ce que nous aimons est déjà sous la terre, Un éphémère effort conduit encor nos jours, Mais, déçue à jamais par l’ingrate atmosphère, Pour mon regard il n’est de loi ni de mystère ;

— Peut-être êtes-vous là, pourtant, tenace Amour ? Tout rêve et tout espoir s’écroulent dans des tombes ; Toute animation s’affaisse dans le sol ; — Printemps passionné, caresses des colombes,

Tendre essor des parfums, appel du rossignol, Incoercible élan d’un visage vers l’autre, Chaude haleine créant un humain paradis, Sainte présomption d’être ces deux apôtres

Graves, dont l’un s’abreuve à ce que l’autre dit, Terrible instinct d’amour qui combattez le nôtre, Quand l’immense douleur nous a tout interdit, Malgré votre besoin de prolonger la race

Vous n’êtes qu’un instant vifs au-dessus des morts ; Vous usez chaque jour les âmes et les corps, Rien de tout ce qui vit ne laissera de traces ; — Mais alors vous venez sourdement vous poser

Comme un ordre pressant sur la plus triste face : Méprisable et divin miracle du baiser !

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