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1924

C

Anna NOAILLES

À quoi veux-tu songer ? À toi. Songeons à toi. Non, je ne juge pas ton amer caractère ; Rien de ton cœur serré ne me paraît étroit Si sur toi j’ai plié mon amour de la terre,

Mon amour des humains, de l’infini, des cieux, Ma facile allégresse à répandre ma vie, À rejoindre d’un bond, par les ailes des yeux, L’éther qui m’appartient et dont tous ont envie !

Qu’y a-t-il de plus sûr et de meilleur que toi, Ou, du moins, que l’amour brisant que tu m’inspires ? — Le souci, les regrets, la mort sous tous les toits, L’ambition qui râle et l’ennui qui soupire ! —

Moi je suis à l’abri ! Je n’ai, pour me tuer, Pour me faire languir, pour créer ma détresse, Que l’anxieux regard dans tes yeux situé, Que l’accablant désert où souvent tu me laisses.

C’est assez ! Ah ! c’est trop ! Ou bien c’est suffisant ! Ces suprêmes chagrins m’ont d’autres maux guérie ; Et quelquefois je sens se réjouir mon sang Quand tu ris comme l’eau dans la fraîche prairie !

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