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1913

AINSI LES JOURS LÉGERS…

Anna NOAILLES

Ainsi les jours légers, et qui te ressemblaient Par la coloration chaleureuse des heures, Ont de toi fait un mort, la nuit, dans ta demeure, Et l'aube, lentement, a blanchi tes volets…

Et tu fus là, dormant, à jamais insensible, Laissant monter sur ceux que tu privais de toi Ces grands fardeaux du temps aux contours inflexibles ; J'ai l'âge de ce jour où je t'ai vu sans voix :

Sans regard et sans voix, achevant ma jeunesse Par ce spectacle affreux de faiblesse et de paix, Que mes yeux arrêtés puisaient avec détresse Sur ton front assombri, si pauvre et si parfait.

Les fleurs, entre tes mains et contre ton doux être, Parfumaient froidement ton éternel répit ; Jamais je ne verrai l'été sans reconnaître Ce jardin qui mourait sur ton cœur assoupi !

Et tu n'étais plus là, malgré ton fin visage, Le dernier de toi-même et qui me plaît le plus ; O visage accablé, suprême paysage D'un jour de fin du monde, et qu'on ne verra plus !

Les vivants ont repris leurs errantes coutumes ; Ils sont un autre peuple, et tu ne peux toujours Hanter de ta suave et poétique brume Ces malheureux, guidés par d'alertes amours.

Mais leur vague existence est par l'ombre absorbée, Ils meurent chaque jour, sans enfoncer en nous Ces pointes du malheur, que ta main dérobée Fixe encor dans mon cœur comme de sombres clous…

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