Le ciel est chaud, le vent est mou ; Quel silence dans Agrigente ! Un temple roux, sur le sol roux Met son reflet comme une tente…
Les oiseaux chantent dans les airs ; Le soleil ravage la plaine ; Je vois, au bout de ce désert, L'indolente mer africaine.
Brusquement un cri triste et fort Perce l'air intact et sans vie ; La voix qui dit que Pan est mort M'a-t-elle jusqu'ici suivie ?
Et puis l'air retombe ; la mer Frappe la rive comme un socle ; Tout dort. Un fanal rouge et vert S'allume au vieux port Empédocle.
L'ombre vient, par calmes remous. Dans l'éther pur et pathétique Les astres installent d'un coup Leur brasillante arithmétique !
— Soudain, sous mon balcon branlant, J'entends des moissonneurs, des filles Défricher un champ de blé blanc, Qui gicle au contact des faucilles ;
Et leur fièvre, leur sèche ardeur, Leur clameur nocturne et païenne Imitent, dans l'air plein d'odeurs, Le cri des nuits éleusiennes !
Un pâtre, sur un lourd mulet, Monte la côte tortueuse ; Sa chanson lascive accolait La noble nuit silencieuse ;
Dans les lis, lourds de pollen brun, Le bêlement mélancolique D'une chèvre, ivre de parfums, Semble une flûte bucolique.
— Donc, je vous vois, cité des dieux, Lampe d'argile consumée, Agrigente au nom spacieux, Vous que Pindare a tant aimée !
Porteuse d'un songe éternel, O compagne de Pythagore ! C'est vous cette ruche sans miel, Cette éparse et gisante amphore !
C'est vous ces enclos d'amandiers, Ce sol dur que les bœufs gravissent, Ce désert de sèches mélisses, Où mon âme vient mendier.
Ah ! quelle indigente agonie ! Et l'on comprendrait mon émoi, Si l'on savait ce qu'est pour moi Un peu de l'Hellade infinie ;
Car, sur ce rivage humble et long, Dans ce calme et morne désastre, Le vent des flûtes d'Apollon Passe entre mon cœur et les astres !
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