La corde nue et maigre, Grelottant sous le froid Beffroi, Criait d'une voix aigre
Qu'on oublie au couvent L'Avent. Moines autour d'un cierge, Le front sur le pavé
Lavé, Par décence, à la Vierge Tenaient leurs gros péchés Cachés ;
Et moi, dans mon alcôve, Je ne songeais à rien De bien ; La lune ronde et chauve
M'observait avec soin De loin ; Et ma pensée agile, S'en allant par degré,
Au gré De mon cerveau fragile, Autour de mon chevet Rêvait.
— Ma marquise au pied leste ! Qui ses yeux noirs verra, Dira Qu'un ange, ombre céleste,
Des chœurs de Jéhova S'en va ! Quand la harpe plaintive Meurt en airs languissants,
Je sens, De ma marquise vive, Le lointain souvenir Venir !
Marquise, une merveille, C'est de te voir valser, Passer, Courir comme une abeille
Qui va cherchant les pleurs Des fleurs ! Ô souris-moi, marquise ! Car je vais, à te voir,
Savoir Si l'amour t'a conquise, Au signal que me doit Ton doigt.
Dieu ! si ton œil complice S'était de mon côté Jeté ! S'il tombait au calice
Une goutte de miel Du ciel ! Viens, faisons une histoire De ce triste roman
Qui ment ! Laisse, en tes bras d'ivoire, Mon âme te chérir, Mourir !
Et que, l'aube venue, Troublant notre sommeil Vermeil, Sur ton épaule nue
Se trouve encor demain Ma main ! Et ma pensée agile, S'en allant par degré
Au gré De mon cerveau fragile, Autour de mon chevet Rêvait !
— Vois-tu, vois-tu, mon ange, Ce nain qui sur mon pied S'assied ! Sa bouche (oh ! c'est étrange !)
A chaque mot qu'il dit Grandit. Vois-tu ces scarabées Qui tournent en croissant,
Froissant Leurs ailes recourbées Aux ailes d'or des longs Frelons ?
— Non, rien ; non, c'est une ombre Qui de mon fol esprit Se rit, C'est le feuillage sombre,
Sur le coin du mur blanc Tremblant. — Vois-tu ce moine triste, Là, tout près de mon lit,
Qui lit ? Il dit : " Dieu vous assiste ! " A quelque condamné Damné !
— Moi, trois fois sur la roue M'a, le bourreau masqué, Marqué, Et j'eus l'os de la joue
Par un coup mal visé Brisé. — Non, non, ce sont les nonnes Se parlant au matin
Latin ; Priez pour moi, mignonnes, Qui mon rêve trouvais Mauvais.
— Reviens, oh ! qui t'empêche, Toi, que le soir, longtemps, J'attends ! Oh ! ta tête se sèche,
Ton col s'allonge, étroit Et froid ! Otez-moi de ma couche Ce cadavre qui sent
Le sang ! Otez-moi cette bouche Et ce baiser de mort, Qui mord !
− Mes amis, j'ai la fièvre, Et minuit, dans les noirs Manoirs, Bêlant comme une chèvre,
Chasse les hiboux roux Des trous.
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