Pourquoi la poésie est-elle morte en France ?
On dit que le public vit dans l’indifférence,
Que le siècle est distrait, que tout meurt aujourd’hui ;
Bonaparte à Wagram était distrait, je pense ;
Il avait cependant son Ossian avec lui.
Depuis quand l’action nuit-elle à la pensée ?
Depuis quand a-t-on vu que le génie humain
N’aille plus au combat, comme le vieux Tyrtée,
Son glaive à la ceinture et sa lyre à la main ?
De quoi se plaignent donc le poète et l’artiste ?
Tant que l’humanité se meut, son âme existe
Aussi bien que son corps. — C’était votre métier,
Rêveurs, de la comprendre au lieu de la nier ;
C’est à vous de frapper les entrailles du monde
Comme Eblis a frappé les entrailles d’Adam,
De chercher où le cœur lui soulève le flanc,
De fendre d’un regard cette mine profonde,
Et de vous écrier, comme l’esprit du feu :
Ceci nous appartient et le reste est à Dieu !
Serait-ce par hasard que le siècle où nous sommes,
Messieurs les écrivains, soit trop petit pour vous ?
Ce siècle, c’est le nôtre ; il est ce que nous sommes,
L’Europe c’est la France et la France c’est nous.