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1852

SONNET AU LECTEUR

Alfred de Musset

Jusqu'à présent, lecteur, suivant l'antique usage, Je le disais bonjour à la première page. Mon livre cette fois se ferme moins gaîment ; En vérité ce siècle est un mauvais moment.

Tout s'en va, les plaisirs et les mœurs d'un autre âge, Les Rois, les Dieux vaincus, le hasard triomphant, Rosalinde et Suzon qui me trouvent trop sage, Lamartine vieilli qui me traite en enfant…

La politique, hélas ! voilà notre misère. Mes meilleurs ennemis me conseillent d'en faire. Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non. Je veux, quand on m'a lu, qu'on puisse me relire.

Si deux noms, par hasard, s'embrouillent sur ma lyre Ce ne sera jamais que Ninette ou Ninon.

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