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1857

Sonnet

Alfred de Musset

Jeune ange aux doux regards, à la douce parole, Un instant près de vous je suis venu m’asseoir, Et, l’orage apaisé, comme l’oiseau s’envole, Mon bonheur s’en alla, n’ayant duré qu’un soir.

Et puis, qui voulez-vous après qui me console ? L’éclair laisse, en fuyant, l’horizon triste et noir. Ne jugez pas ma vie insouciante et folle ; Car, si j’étais joyeux, qui ne l’est à vous voir ?

Hélas ! je n’oserais vous aimer, même en rêve ! C’est de si bas vers vous que mon regard se lève ! C’est de si haut sur moi que s’inclinent vos yeux ! Allez, soyez heureuse ; oubliez-moi bien vite,

Comme le chérubin oublia le lévite Qui l’avait vu passer et traverser les cieux !

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