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1857

Satire contre l’Académie

Alfred de Musset

Hier s’ouvrit avec bienséance La séance, Qui fit l’auteur du Chandelier Chancelier.

Debout ruisselait comme un fleuve Sainte-Beuve ; Dans un angle le beau Mignet Se peignait,

Dupin aîné, tribun honnête, Sans sonnette, Rêvait de ses chers montagnards Si criards.

On entendait, voix de crécelle, Docte et grêle, Comme un vieux coq dans un jardin Girardin !

Grand Romain en habit de ville, Pongerville Semblait être à la fois César Et Nisard.

Briffaut avait des soins de père Pour Ampère, Et roucoulait comme un ramier : « Récamier ! »

Baour, sourd de ses vers qu’il beugle En aveugle, Allait chantant d’un ton sciant Ossian.

Viennet disait d’un air affable Une fable ; On le trouvait bête, et Tissot Semblait sot.

Cousin cherchait d’un air tragique Sa logique, Et tonnait, dévot éloquent, Contre Kant.

Un autre narrait la surprise D’Héloïse, il fallait bien qu’il s’amusât Rémusat !

Mais soudain en trembla d’emblée L’assemblée, De par Bacchus ! c’était Musset Qui disait :

« Crois-tu qu’on lise pour des prunes A des brunes Ton long poème peu commun, Cher Lebrun ?

Sois tranquille, la chaste muse Qui t’amuse, Ne deviendrait jamais catin Chez Patin. »

Nous montrant à la fois Narcisse Et Jocrisse, Parleras-tu chaque jeudi, Salvandy ?

Quand tu reçus ta grosse épouse Peu jalouse, Tu ne gagnas pas le gros lot, Ancelot.

Ajoutant à la platitude L’attitude, Tomberas-tu de mal en pis, Cher Empis ?

Ne feras-tu donc rien qui vaille O Noailles. Depuis que j’ai lu Maintenon, Je dis non.

Sur ton dos, Riquet à la Houppe, Quelle loupe Tu ne suis pais ton droit chemin, Villemain.

Dans tes culottes sans bretelles, Lacretelle, Dis-moi, prolixe historien, N’est-il rien ?

Tu te crois donc, gendre de Dosne, Long d’une aune ? D’un homme tu n’es pas le tiers, Petit Thiers !

De peur de devenir enceinte, Quand ta sainte Se gare au lit — de son époux — Non, des poux,

Dans cette légende érotique Et biblique, Tu te montres, Montalembert, Un peu vert.

Pédant entre tous les quarante, O Barante, J’ai ton froid récit bourguignon En guignon.

Au loin va te faire lanlaire Saint-Aulaire, Et redeviens ambassadeur Par pudeur !

Pasquier, chez madame de Boigne, Qui te soigne, Console-toi, près d’un bon feu, D’être feu.

Aux vieux chats de l’ancienne Chambre En décembre, Vieux rat, tu fus donc immolé, O Molé !

Guizot, d’une autre dynastie Piètre hostie, Flattant Berryer, tu prends pour saint Henri Cinq.

Flourens, dans ton Jardin des Plantes Tu t’implantes, Pour garder ta longévité En santé.

Scribe, vrai scribe, par douzaines Faire des Chaînes, Bâcle des Bertrand et Raton, Marmiton !

Lorsque ta verve est comprimée, Mérimée, Bayle te sert à nier Dieu, Palsambleu !

Nous trouvant un peuple servile, Tocqueville Aux radotages de Franklin Est enclin.

Sage et mou, dans sa pâle prose, Fade et rose, J’ai deviné ce que Vitet Évitait.

Vigny, berger de sa montagne, Accompagne, Soufflant dans ses plus doux pipeaux, Ses troupeaux.

Hugo, dans sa verve énergique, En Belgique, Nous a lancé comme un soufflet Son pamphlet.

Chaque jour leur chantant matines, Lamartine Rappelle à ses chers souscripteurs Ses malheurs.

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