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1852

RAPPELLE-TOI

Alfred de Musset

Rappelle-loi, quand l'Aurore craintive Ouvre au Soleil son palais enchanté ; Rappelle-toi, lorsque la Nuit pensive Passe en rêvant sous son voile argenté ;

A l'appel du plaisir lorsque ton sein palpite, Aux doux songes du soir lorsque l'ombre l'invite, Écoute au fond des bois Murmurer une voix —

Rappelle-toi. Rappelle-toi, lorsque les destinées M'auront de toi pour jamais séparé, Quand le chagrin, l'exil et les années

Auront flétri ce cœur désespéré ; Songe à mon triste amour, songe à l'adieu suprême ! L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime. Tant que mon cœur battra,

Toujours il le dira : Rappelle-toi. Rappelle-toi, quand sous la froide terre Mon cœur brisé pour toujours dormira ;

Rappelle-toi, quand la fleur solitaire Sur mon tombeau doucement s'ouvrira : Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle Reviendra près de loi comme une sœur fidèle.

Écoute, dans la nuit, Une voix qui gémit — Rappelle-toi.

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