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1857

Madrigal à Augustine Brohan

Alfred de Musset

Adieu, Brohan, rapportez-nous vos yeux Si charmants quand ils sont joyeux, Si doux quand vous êtes pensive ! Avant d’aller sur l’autre rive

Rencontrer fortune et succès (Tandis que je perds mon procès), Prenez votre mine attentive, Regardez-vous dans un miroir français.

Vous voyez bien cette petite fille Après laquelle Meg sautille, Ce rond visage au nez pointu, Amusant comme un impromptu,

Cette taille leste et gentille, Ces perles fines, où babille L’esprit charmant de la famille, Cette fossette à l’air moqueur,

Ces bonnes mains pleines de cœur, Ce corset qu’a serré Domange, Ce diablotin fait comme un ange, Que l’heureux Desmarets poudra —

Ah ! Brohan, ma chère, en voyage, Est-il bien prudent, à votre âge, Que vous emportiez tout cela ?

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