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1857

Les Filles de Madrid

Alfred de Musset

Nous allons voir le taureau, C’est aujourd’hui dimanche, Quel bonheur et qu’il fait beau ! Mon cœur est comme un oiseau

Sautillant sur la branche. « Dites-moi, voisin, Si j’ai bonne mine, Et si ma basquine

Va bien, ce matin. Vous me trouvez la taille fine ? Ah ! ah ! Les filles de Madrid aiment assez cela.

Quelle foule autour de nous ! Souffrez du moins qu’on passe, Allons, messieurs, rangez-vous. On vous fera les yeux doux

Si vous cédez la place. Voyez donc ces gens ! Quelle effronterie ! La galanterie

N’est plus de ce temps. Ces messieurs veulent qu’on les prie. Ah ! ah ! Les filles de Madrid n’entendent pas cela.

Et nous dansions un boléro, Un soir c’était dimanche. Vers nous s’en vint un hidalgo Cousu d’or, la plume au chapeau,

Et le poing sur la hanche : « Si tu veux de moi, Brune au doux sourire, Tu n’as qu’à le dire,

Cet or est à toi. — Passez votre chemin, beau sire. Ah ! ah ! Les filles de Madrid n’entendent pas cela. »

Et nous dansions un boléro, Au pied de la colline. Sur le chemin passa Diego, Qui pour tout bien n’a qu’un manteau

Et qu’une mandoline : « O belle aux yeux doux, Veux-tu qu’à l’église Demain te conduise

Un amant jaloux ? — Jaloux ! jaloux ! quelle sottise ! Ah ! ah ! Les filles de Madrid craignent ce défaut-là. »

Voici le roi cousu d’or Qui vient en cavalcade. Monsieur le Corrégidor Avec un vieux matador

Boit de la limonade. J’entends le signal. Le taureau s’e’lance ; Diego prend sa lance

Et monte à cheval. C’est le plus brave qui commence. Ah ! ah ! Les filles de Madrid aiment ce garçon-là.

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