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1857

Le Voyage à Pontchartrain

Alfred de Musset

Paul, un soir, par la gauche rive Arrive Croyant voir Madame Aubernon, Mais non.

Où faut-il en quittant Versaille Qu’on aille ? Retrouver Hetzel à Meudon ? Va donc !

Hetzel, dînant sur la pelouse, En blouse, Régalait un de ses amis Bien mis.

La compagnie offre une prise, Surprise ; On sert au convive nouveau Du veau.

Mais, dit Hetzel, cassant sa croûte, En route ! Pour voir Montfort et Pontchartrain Bon train !

Je crois, dit Paul, que l’on m’invite Bien vite ; Ce n’est pas d’aller à Montfort Mon fort !

Sur un cheval ou sur un âne C’est crâne. Mais, dit Hetzel, nous n’irons pas Au pas.

Je vais tirer de ma sacoche Un coche. Prête ton cabriolet neuf, Obeuf !

Paul accède, et, bravant la Parque, S’embarque ! Il quitte pour faire sept lieues Ces lieux.

— Obeuf, je trouve que ta hotte Cahote ; Nous sommes comme des harengs En rangs !

Mais, laisserons-nous dans l’attente Ma tante ? Dit Obeuf ; j’ai d’un souper froid Effroi.

Hetzel, tranquille et sans rancune Aucune, Dit : J’ai, ma foi, dans ce réchaud Très chaud !

Le coche près d’une charrette S’arrête ! O spectacle ! on découvre au loin Du foin !

Mais, déjà, sur la nappe blanche, L’éclanche Fumait, écrasant de son poids Des pois.

Et, couvrant d’un vin délectable La table, Une jeune enfant, douce à voir, L’œil noir,

Le front baissé sous sa cornette Fort nette, Faisait froufrou de son jupon Fripon.

— Messieurs, dit avec politesse L’hôtesse, Vous aviez deux coussins étroits Pour trois.

— Non pas, dit Hetzel : sur mon âme, Madame, J’ai trouvé ce cabriolet Mollet !

Mais Obeuf comme une torpille Roupille ! — Tu t’en vas déjà te coucher, Cocher ?

Paul pourfend comme une flamberge L’auberge ; Hetzel va dans le poulailler Bâiller.

Aussitôt viennent les punaises, Bien aises De pouvoir d’un jeune étranger Manger.

Mais Hetzel, trouvant l’Estafette Parfaite, Lit jusqu’au jour ce matinal Journal.

Dans son lit, Paul, dont le nez gonfle Et ronfle, Donne au Diable tous ces taudis Maudits.

Un roulier, tenant sa chandelle Très belle, Le réveille avec ses sabots Pas beaux.

Mais déjà dans la cheminée, Minée, Voit ses enfants effarouchés Couchés,

Et sur la gouttière que dore L’aurore Fait sa toilette un freluquet Friquet.

Paul, se penchant à sa croisée Boisée, Découvre Hetzel, sous un hangard, Hagard.

— Oh ! dit-il, l’air vous enlumine La mine ; Vous n’avez pas très bien dormi, L’ami !

— J’ai, dit Hetzel, fait un bon somme, En somme ; Mais je me suis levé matin, Mâtin !

Obeuf, devant son haridelle Fidèle, Sous l’enseigne d’un cabaret Parait.

Adieu, vallons, coteaux, campagnes, Montagnes ! Paul rentre sur ses échalas Fort las.

Et, de retour, dans sa chambrette Proprette, Il trouve, sur son canapé Campé,

Bonnaire, qui, sombre, à peine ivre, Se livre A d’inconséquents et fréquents Cancans.

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