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1852

LE RHIN ALLEMAND

Alfred de Musset

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand. Il a tenu dans notre verre. Un couplet, qu'on s'en va chantant, Efface-t-il la trace altière

Du pied de nos chevaux, marqué dans votre sang ? Nous l'avons eu, votre Rhin allemand. Son sein porte une plaie ouverte, Du jour où Condé triomphant

A déchiré sa robe verte. Où le père a passé, passera bien l'enfant. Nous l'avons eu, votre Rhin allemand. Que faisaient vos vertus germaines,

Quand notre César tout-puissant De son ombre couvrait vos plaines ? Où donc est-il tombé, ce dernier ossement ? Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.

Si vous oubliez votre histoire, Vos jeunes filles, sûrement, Ont mieux gardé notre mémoire ; Elles nous ont versé votre petit vin blanc.

S'il est à vous, votre Rhin allemand, Lavez-y donc votre livrée ; Mais parlez-en moins fièrement. Combien, au jour de la curée,

Étiez-vous de corbeaux contre l'aigle expirant ? Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand ; Que vos cathédrales gothiques S'y reflètent modestement ;

Mais craignez que vos airs bachiques Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.

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