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1857

La Nuit

Alfred de Musset

Quand la lune blanche S’accroche à la branche Pour voir Si quelque feu rouge

Dans l’horizon bouge Le soir, Fol alors qui livre A la nuit son livre

Savant, Son pied aux collines, Et ses mandolines Au vent ;

Fol qui dit un conte, Car minuit qui compte Le temps, Passe avec le prince

Des sabbats qui grince Des dents. L’amant qui compare Quelque beauté rare

Au Jour, Tire une ballade De son cœur malade D’amour.

Mais voici dans l’ombre Qu’une ronde sombre Se fait, L’enfer autour danse,

Tous dans un silence Parfait ! Tout pendu de Grève, Tout juif mort soulève

Son front, Tous noyés des havres Pressent leurs cadavres En rond.

Et les âmes feues Joignent leurs mains bleues Sans os ; Lui tranquille chante

D’une voix touchante Ses maux. Mais lorsque sa harpe, Où flotte une écharpe,

Se tait, Il veut fuir — La danse L’entoure en silence Parfait !

Le cercle l’embrasse, Son pied s’entrelace Aux morts, Sa tête se brise

Sur la terre grise ! Alors La ronde contente, En ris éclatante,

Le prend ; Tout mort sans rancune Trouve au clair de lune Son rang.

Car la lune blanche S’accroche à la branche Pour voir Si quelque feu rouge

Dans l’horizon bouge Le soir.

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