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1857

En lisant le journal

Alfred de Musset

Même en pleurant, même en tremblant, Même étourdi par ton tonnerre, Je n’aurais pu suivre sur terre, César, ton éperon sanglant,

Ni toi, belle âme mal coiffée, Gros débauché de Mirabeau, Dont la perruque ébouriffée Remplit un immense tombeau.

Mais si deux figures pareilles Habitaient dans ce pays-ci, Devant leurs yeux, à leurs oreilles Qui donc viendrait parler ainsi ?

L’on nous menace de nous battre Entre deux bateaux à vapeur, Et l’on nous dit : « Un contre quatre ! » Et l’on nous propose la peur.

Que disait donc cet imbécile Dans son grand vieux cœur innocent, Quand il tombait à Belleville Noir de poudre et rouge de sang ?

« Ils sont trop ! » Mais l’Europe entière S’était alors mise en chemin, Ce spectre dans son cimetière S’avançait le sabre à la main !

Français, succès ; — gloire, victoire ; Si tout cela rime à peu près, Chez nous, du moins on devrait croire Que le hasard l’a fait exprès !

Depuis qu’en un autre langage, On a si bien parlementé, Il nous pousse un nouveau courage ; L’audace de la lâcheté.

Ce journal qui vous rompt la tête Fait venir les larmes aux yeux, Et pourtant, pourtant, c’est bien bête, C’est bien enfant et c’est bien vieux.

Et je lisais pourtant près d’elle, Ce long discours fade et malsain ; Son noble cœur — qu’elle était belle ! — Battait tout entier dans son sein.

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