Pour ouïr les airs antiques, Dans mes délires rustiques, Je vais tout droit devant moi. Monts, villas, forêts, l’espace,
Tout disparaît, tout s’efface ! De la terre je suis roi. Voici Rueil, ce gai village Sur qui plane au loin l’image
Du rouge et blanc cardinal, Dans l’église j’imagine Que rit encor Joséphine Sous le marbre sépulcral.
Plus loin Malmaison, l’asile Des royautés qu’on exile, Se cache au pied du coteau. Là, César, pendant ses veilles,
Consul, rêva les abeilles De l’impérial manteau ! Verts bosquets de Louveciennes, Oh ! que de fêtes païennes
Sous votre ombrage embaumé, Lorsque la folle comtesse Guidait les chœurs de l’ivresse Pour Louis le Bien-Aimé !
Sous ces arbres que l’automne Frappe d’or, mais découronne, Que de baisers échangés ! Combien de nobles bacchantes
Sur leurs gorges provocantes Ont effeuillé d’orangers ! Palais mignon et superbe ! Sur le velours de cette herbe
Où plus d’un beau sein roula, Sous ce hêtre où je m’appuie, Sur ce perron qui s’ennuie, Du Barry vous enjôla.
Poète au charmant sourire, Vous qui prenez pour écrire Les vifs crayons de Latour, Vous qui me contez l’histoire,
Sans beaucoup d’art oratoire, De ces jours dorés d’amour, Par vous je vois apparaître, Comme aux nuits du royal maître,
Bals, concerts, jeux et festins, Ducs chamarrés de dentelles, Grandes dames point rebelles, Petits abbés libertins.
Chapeaux dont la plume ondoie, Talons rouges, velours, soie, Tout l’adorable tableau, Le roman et le poème
Dont vous seriez bien vous-même Le Laclos et le Watteau ! Pour rendre à tous ces beaux arbres, A ces buissons, à ces marbres,
Leur éclat de neige et d’or, A la royale demeure, Oui, vous manquez à cette heure, — Mais à moi bien plus encor !
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