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1852

A UNE FLEUR

Alfred de Musset

Que me veux-tu, chère fleurette, Aimable et charmant souvenir ? Demi-morte et demi-coquette, Jusqu'à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet, enveloppée, Tu viens de faire un long chemin. Qu'as-tu vu ? que t'a dit la main Qui sur le buisson t'a coupée ?

N'es-tu qu'une herbe desséchée Qui vient achever de mourir ? Ou ton sein, prêt à refleurir, Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur De la désolante innocence ; Mais de la craintive espérance Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ? Tu peux parler, je suis discret. Ta verdure est-elle un secret ? Ton parfum est-il un langage ?

S'il en est ainsi, parle bas, Mystérieuse messagère ; S'il n'en est rien, ne réponds pas ; Dors sur mon cœur, fraîche et légère.

Je connais trop bien celle main Pleine de grâce et de caprice, Qui d'un brin de fil souple et fin A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur, Ni Phidias ni Praxitèle N'en auraient pu trouver la sœur Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle, Franche, dit-on, et plus encor ; A qui saurait s'emparer d'elle Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ; Quelque mal pourrait m'arriver. Fleurette, craignons sa colère, Ne dis rien, laisse-moi rêver.

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