Oui, cher Ulric, nous le voyions
Ce ciel dont l’aspect vous amuse,
Et même nous le respirions,
Si ce mot plaît à votre muse.
Nous le voyions assurément
Entre nous, j’en conviendrai même,
Nous avions le bonheur suprême
De le voir double en ce moment.
Pour un chrétien, quel agrément !
Jugez combien l’ivresse est sainte,
Puisque, avec deux verres d’absinthe,
On peut doubler le firmament.
Ne riez pas, l’absinthe est bonne ;
L’Écriture en parle beaucoup,
Et quelque part, Dieu me pardonne !
Notre Seigneur en but un coup.
C’était, je crois, sur la montagne
Qu’on appelle Gethsémani ;
Nous la vénérons fort ici,
Mais nous préférons le champagne.
Puisque vous venez nous vanter
Ce pendu qu’on adore à Rome,
Commencez donc par l’imiter
Souvenez-vous qu’il s’est fait homme.
— Oui, cher Ulric, et nous courons
Au soleil, sur l’herbe fleurie,
Par les coteaux et les vallons,
Et nous menons gaiement la vie ;
Et nous rions, et nous trinquons
Au fond des bois sur la bruyère ;
Souvent même, ingrat, nous choquons,
A votre santé, notre verre.
Près de nous quand il vous plaira,
Vous vous étendrez sur la mousse ;
Nous croyons que la vie est douce
Et que Dieu nous excusera.
C’est un grand tort que la jeunesse,
Nous le savons. — Que voulez-vous ?
Puisque chaque âge a sa faiblesse,
Dites quelques ave pour nous.