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1857

A Madame X***

Alfred de Musset

Souvent, par quelque mois de janvier, quand tout dort, Qu’il pleut, qu’il fait du vent, et que mon corridor Siffle, que mon rideau frissonne, et que ma porte Bat, je me dis : « Voyons, s’il faut mourir, qu’importe

Que ce soit cette nuit ou bien une autre ? Et si, Au lieu d’être à ce poêle à froncer le sourcil, Je me mettais un bon pistolet dans la bouche, Tout serait dit. Peut-être un voisin qui se couche,

En mettant sa chemise et son bonnet de nuit, Dira : C’est singulier ! qui peut faire ce bruit ? Puis il écoutera sur son séant et comme Il ne faut qu’une balle et qu’un coup pour un homme,

Il se rendormira. — Cependant mon cerveau Ira choir à deux pas de moi sur le carreau, Et si demain ma sœur avec ma pauvre mère S’en déchirent les bras et se roulent par terre,

Qu’on voye sur leur sein tout gonflé de douleurs Ruisseler les cheveux ensemble avec les pleurs, Qu’en saurai-je après tout ? Qu’en saura ma pensée ? Dans ces lambeaux de chair meurtrie et dispersée ?

Je serai là tout raide et tout saignant. — Alors, Nos amis par morceaux ramasseront mon corps ; Les chandelles viendront, ma bière ; et ma maîtresse Par grand amour de moi fera dire une messe ;

Puis après les corbeaux ; et qui saura demain Que j’ai vécu la vie et marché le chemin ?

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