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1857

A la Sœur Marceline

Alfred de Musset

J’étais couché pâle et sans vie Dans un linceul de sang glacé Où la douleur et l’insomnie Pendant trois nuits m’avaient bercé.

Pauvre fille, tu n’es pas belle, A force de veiller sur elle La mort t’a laissé sa pâleur ; En soignant la misère humaine

Ta main s’est durcie à la peine Comme celle du laboureur. Mais la fatigue et le courage Font briller ce pâte visage,

Au chevet de l’agonisant. Elle est douce, ta main grossière, Au pauvre blessé qui la serre Pleine de larmes et de sang.

Poursuis ta route solitaire, Chaque pas que tu fais sur terre, C’est pour ton œuvre et vers ton Dieu. Nous disons que le mal existe,

Nous, dont la sagesse consiste, A savoir le fuir en tout lieu ; Mais ta conscience le nie. Tu n’y crois plus, toi dont la vie

N’est qu’un long combat contre lui, Et tu ne sens pas ses atteintes, Car ta bouche n’a plus de plaintes Que pour les souffrances d’autrui.

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