Si tu veux être la madone,
Vierge comme elle, ô mes amours !
Dis un mot, et mon ciseau donne
Au marbre blanc tes purs contours.
Des saintes qu'à Rome on admire
Tu seras la plus belle encor,
Et les poëtes, pour le dire,
Vont préparer leur plume d'or.
À ton gré choisis, — marbre ou toile,
Statue ou tableau, — dès demain,
Pour mettre à ton front une étoile,
Mon cœur viendra guider ma main.
Si tu veux être la madone,
Dans une châsse de vermeil
On viendra t'offrir pour couronne
Le lis pur, à ton front pareil ;
Et, si tu veux, ô ma divine !
Bientôt ton image à l'autel
Rendra jalouse Fornarine,
La maîtresse de Raphaël.
Sous les piliers de ton église,
Des pèlerins, de loin venus,
Inclineront leur barbe grise
Sur la blancheur de tes pieds nus ;
Et ceux que le bourreau menace,
Guidés par un esprit sauveur,
Viendront chercher asile et grâce
À ton piédestal protecteur.
Puisque ton front toujours se voile
Quand je veux y mettre un baiser,
Sur ton image, — marbre ou toile,
Oh ! Du moins laisse-moi poser !
Laisse-moi poser, ô Marie !
Pour baiser, pour sceau radieux,
L'immortalité du génie ; —
C'est un manteau qu'ont mis les dieux.
Si tu veux être la madone,
Vierge comme elle, ô mes amours !
Dis un mot, et mon ciseau donne
Au marbre blanc tes purs contours.