L'hiver s'en va ; déjà la cloche,
Douce comme un chant de cristal,
Murmure au printemps qui s'approche
L' O filii du jour pascal.
Dans l'air plus doux, les girouettes
Tournent au souffle du midi,
Et pour un sou de violettes
On fait le bonheur de Nini.
L'hiver au pauvre fut rigide,
Il en a compté les longs jours,
En mesurant son bûcher vide
Quand la neige tombait toujours.
Sa dernière branche allumée
Rougit l'âtre d'un pâle éclair ;
Moitié cendre et moitié fumée,
Le vent la dissipe dans l'air.
Pèlerins des grandes mers bleues,
Voyez, à l'Orient vermeil,
Les oiseaux qui font mille lieues
Entre deux levers de soleil.
Cris joyeux et battements d'ailes
Qui mettent le ciel en gaîté,
C'est le retour des hirondelles,
Et c'est le retour de l'été.
Mais depuis la dernière année
Les loyers sont bien renchéris,
Un trou noir dans la cheminée
Comme un entresol a son prix.
Pourvu que les propriétaires
N'augmentent pas en même temps
Que tous leurs autres locataires
L'ambassadrice du printemps.
Avec la jeune feuille verte
Qui sort du bourgeon printanier
Paraît, à sa fenêtre ouverte,
Ma voisine de l'an dernier.
Pendant les mois d'hiver, frileuse,
Elle n'a pas quitté son nid.
Jadis elle eût posé pour Greuze,
Maintenant c'est pour Gavarni.