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1861

[no title]

Henri MURGER

Traînant, traînant ta chétive existence, Dans les sentiers tu t'arrêtes souvent, Regardant fuir l'ombre de l'espérance, Spectre railleur qui va toujours devant ;

Voyant partout le vice ou la sottise, L'hypocrisie au maintien indigné, Sûr du destin que je te prophétise, Marche ! Ton but n'est pas bien éloigné.

Quand du malheur tu sauras le martyre, Lorsque ton cœur sera triste, ulcéré, Ne pleure pas, tes larmes feraient rire : Il est des gens qui n'ont jamais pleuré,

À ces heureux, loin de porter envie, Jette en passant un regard de pitié, Car, sans les pleurs, que sait-on de la vie ? C'est un roman qu'on n'a lu qu'à moitié.

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