Le jour tardif blanchit à peine,
La silhouette des coteaux
Dans l'ombre encore est incertaine,
La vapeur qui monte des eaux
Rampe en brouillard blanc sur la plaine
Où vont descendre les corbeaux.
De loin, bien avant qu'il paraisse,
Leur vol, que l'on entend venir,
Selon le vent monte ou s'abaisse ;
Rien ne pourra les faire enfuir,
Car ils sont affamés sans cesse :
Tout leur est bon pour se nourrir.
Attirés par l'odeur malsaine,
Sur les carcasses d'animaux
On les voit tomber par centaine
Et dès qu'ils ont blanchi les os,
Ils abandonnent leur aubaine
Au tourbillon des étourneaux.
L'hiver, par la neige affamée,
Leur voracité s'enhardit,
Et dans la basse-cour fermée
La troupe noire entre, à midi,
Fouillant du bec dans la buée
Qui sort du fumier attiédi.
Sans étudier la science
Dans le grand messager boiteux,
Ils savent quand on ensemence,
Et, suivant le pas lourd des bœufs,
Pillent la future abondance
Dans les sillons ouverts par eux.
Ils sont plus défiants qu'en guerre
Un avant-poste de soldats ;
Le plus fin chasseur de la terre
De près ne les approche pas,
Et de loin ne les atteint guère :
Ils flairent la poudre à cent pas.