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1861

LA ROSÉE

Henri MURGER

Le sylphe matinal qui verse la rosée, Trop amoureux du lîs, oublia ce matin De baigner l'humble fleur demi-morte et brisée Qu'une larme du ciel ranimerait soudain.

Comme fait un amant avec sa fiancée, À quelque muse triste ayant donné la main, Cherchant l'ombre et la paix, pied lent, tête baissée, Un poëte le soir traversa le chemin.

Soit amour mal éteint, soit douleur mal fermée, Il pleurait en marchant sous l'ombreuse ramée ; Une larme tomba de ses yeux sur la fleur, Sur la fleur demi-morte au pied du lis superbe,

Et qui reprit bientôt, parmi ses sœurs de l'herbe Son arome champêtre et ses vives couleurs.

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