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1861

AU MUR DE MA CELLULE

Henri MURGER

Au mur de ma cellule, ainsi qu'un reliquaire À qui cinq ans ont fait un linceul de poussière, Pour tout autre que moi, symboles incompris, De mon premier amour j'ai cloué les débris.

ô jours qui n'êtes plus, jours qui faites sans trêves Éclore tant de fleurs et fleurir tant de rêves ; Nuits, qui suivez ces jours, et vous, heures des nuits, Où plane le silence, où pleurent les ennuis,

Où le jeune homme veille, appelant dans sa fièvre Celle-là dont le nom lui caresse la lèvre ; ô jours qui n'êtes plus, nuits qui suivez ces jours, Lorsque vous nous fuyez en fuyant pour toujours,

Que reste-t-il de vous pour qu'on ne vous oublie ? Quelque ruban fané, quelque rose pâlie, Un voile, des cheveux en bracelets tressés, Des gants un soir de bal perdus et ramassés,

Pauvres hochets du cœur que plus tard l'esprit raille, Et près d'un Clodion accroche à la muraille.

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