C'est un asile pauvre, une retraite austère Où s'est clos, dans l'étude, un hôte solitaire. Le jour, il dort ; la nuit, Pour se mettre à son œuvre il se relève, allume
Sur sa table boiteuse une lampe qui fume, Et qui veille avec lui. Dans l'âtre mort la cendre en talus s'amoncelle Et le grillon frileux, amant de l'étincelle,
N'en voyant plus, hélas ! Cesse de lamenter sa plainte accoutumée Sur le vieux chenet-sphinx où la bûche enflammée Se tordait en éclats.
Et pourtant au dehors souffle une bise aiguë ; Sous de triples manteaux le passant, dans la rue, Sent les ongles du froid ; L'étoile a des frissons dans la sphère divine,
Et la neige épaissit la fourrure d'hermine Dont s'est vêtu le toit. Aux vitres, où le vent par la fêlure glisse, Le givre, en burinant son étrange caprice,
A déjà fait saillir Une souple arabesque où se tord en spirale Le feuillage irisé d'une flore idéale Prête à s'épanouir.
La fenêtre est étroite et jamais ne s'éclaire Au rayon matinal de la clarté solaire. Du sol jusqu'au plafond, Sur les jaunes parois, la sueur de novembre
Semble un long chapelet formé de perles d'ambre Qui s'égrène et qui fond. Mais pour l'hôte du lieu, lorsque Paris sommeille, Et qu'auprès de son œuvre il commence sa veille,
Toute sa pauvreté, Comme un palais féerique, à ses yeux s'illumine, Car cet hôte est l'amant d'une muse divine Qui chante à son côté !
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