Au pays regretté par Mignon tu naquis,
Et, pareille à Mignon, tu regrettes et pleures,
Sous le ciel étranger, le ciel de ton pays.
Rien ne peut te distraire, et tu passes les heures
À regarder mourir un arbuste apporté
Du sol où l'oranger fleurit toute l'année.
Dans le jardin d'exil avec toi transplanté,
Vois : son feuillage est pâle et sa fleur est fanée ;
Tu n'as plus de sourire, il n'a plus de parfums.
Pour que l'arbre renaisse et de nouveau fleurisse
Sa moisson odorante et ses beaux cheveux bruns,
Pour que l'ennui s'efface à son front pur qu'il plisse,
Il vous faut à tous deux le soleil du pays,
Regretté par Mignon quand aux cieux elle aspire ;
Et l'arbre aura des fleurs, et ton front le sourire
Qu'un peintre au nom d'archange a tant cherché jadis.