Sur du vélin lisse, à tranche dorée, Quand il eut écrit, et signé son nom, Valentin ferma son épître ambrée, Et sur l'enveloppe — il mit : pour Ninon !
Valentin, madame, est un beau jeune homme Que vous aimeriez, car il est très-blond ; Chacun l'examine et tout bas le nomme Quand la bouche en cœur il entre au salon.
En moins de six mois, aux pieds de sa belle, Valentin, dit-on, a déjà fondu, Comme en un creuset, sa fortune et celle D'un oncle, — lingot des Indes venu.
Mais l'oncle a fini sa carrière humaine ; Il est mort avec son dernier écu : Mort le verre en main, et la bouche pleine, Tel que soixante ans il avait vécu.
C'est à ce propos, qu'à son adorée Le pauvre héritier du pauvre défunt Écrivait hier l'épistole ambrée Dont Ninon d'abord huma le parfum.
ô cara mia, Ninette ! Ninette ! Sans aller plus loin, fonds tes yeux en eau, L'oncle million a payé la dette Que tout homme doit payer au tombeau.
Mais ce n'est pas là, Ninon, le plus triste, Et pour sangloter attends un moment : Ninon, je m'en vais me faire trappiste, Ou bien m'engager dans un régiment.
Je suis ruiné des pieds à la tête, Ruiné, ma chère ; hier j'ai vendu Mon cheval barbare, — une fine bête Comme au steaple-chease on en a peu vu.
Que la volonté du seigneur soit faite ! Et sur nos amours baissons le rideau ; Quand je serai loin tu pourras, Ninette, Le relever sur un amour nouveau.
Je n'ai plus le sou, ma chère, et ton code, Dans un cas pareil, condamne à l'oubli ; Et sans pleurs, ainsi qu'une ancienne mode, Tu vas m'oublier, — n'est-ce pas, Nini ?
C'est égal, vois-tu, nous aurons, ma chère, Sans compter les nuits, passé d'heureux jours. Ils n'ont pas duré longtemps, — mais qu'y faire ? Ce sont les plus beaux qui sont les plus courts.
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