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1871

A LA FRANCE

Victor MÉRI DE LA CANORGUE

Quel sort sera le tien, ô France bien-aimée ! Vas-tu servir de proie la horde affamée Qui déchire ton sein, s'abreuve de ton sang, Et laisse sur ton sol sa souillure, en passant ?

Ou de Charles-Martel, reprenant la massue, Vas-tu broyer encor, comme au jour de Poitiers, Une race maudite et dans l'enfer conçue, Et convertir ainsi tes cyprès en lauriers ?

Quoi ! tu ne réponds rien, ô ma chère mourante, Et la terre h tes maux demeure indifférente ! Hélas ! autour de toi quel silence effrayant : Tout tremble, tout se tait et l'abîme est béant !

Pourtant tu n'es point morte, ô France que j'adore ! Ton cœur, quoique saignant, ton cœur palpite encore. Nul peuple, nul héros ne vient te secourir, Et, seule, sans secours te faudra-t-il mourir ?

Ton barbare ennemi, contre toi plein de rage, Te foule sous ses pieds, te dépouille et t'outrage : Il a juré ta mort, le poignard sur ton sein, Et de roi qu'il était il s'est fait assassin !

Qui donc viendra panser tes blessures profondes ? J'interroge le Ciel, et la terre, et les ondes ; A défaut des vivants pour chasser ton bourreau, Si j'évoquais soudain les morts de leur tombeau !…

Vous, guerriers d'autrefois, sortez donc de la tombe, Et ne permettez pas que la France succombe ! Vous, Bayard, Duguesclin, et Lahire, et Dunois, Armez-vous du drapeau que portaient nos vieux rois ;

Jeanne d'Arc et Clisson, accourez aux batailles . Et chassez l'ennemi debout sur nos murailles ; Vous, Turenne et Condé, Catinat et Villars Faites fuir sous vos coups ces bandes de pillards.

Point de Pape Léon, de Geneviève sainte Qui de nos murs sacrés sauvegarde l'enceinte, Qui fasse reculer ce moderne Attila Que Dieu, pour nous punir, de nos jours appela.

De notre capitale il franchit la barrière, Et point de bras vengeur qui le tienne en arrière, Qui détourne de nous ce barbare oppresseur Qui traîne sur ses pas le carnage et l'horreur !

Vous, les vaillants, les forts, vous qui vivez encore, Vous que la gloire appelle et que l'honneur décore ; Et vous, fiers Vendéens, vous, les fils des Croisés, Que déjà cent combats ont immortalisés,

Laisserez-vous ainsi notre vieille patrie Pencher vers sa ruine, et s'abimer flétrie, Et ne ferez-vous point à ce noble pays Quelque nouveau rempart couvert de vos débris ?

Mais vous, mon Dieu, mais vous, laisserez-vous la France S'affaisser sous le poids de sa rude souffrance ? N'a-t-elle point encore épuisé devant vous, Tout son amer calice, et de votre courroux

Doit-elle ressentir les suites effroyables Sans toucher votre cœur ? Ses accents lamentables Sont montés jusqu'au Ciel, ne la repoussez pas, Ouvrez-lui votre sein et tendez-lui les bras !

Pitié, mon Dieu, pitié ! Seigneur, pardon pour elle ! Rendez-lui, désormais, une vie immortelle. Venez à son secours, vous, maître tout-puissant ! Elle s'est épurée des torrents de sang,

Et parmi les combats subissant leur martyre, Ses héros invoquaient, dans leur pieux délire, Le nom de votre Fils ; de leur mourante voix, Ils priaient comme lui, tout en baisant sa croix.

Et je priais ainsi, lorsque du sein des ombres Qui couvraient mon pays, couché sur ses décombres ; Le soleil s'élança, brillant et radieux, Et j'aperçus là-haut, dans la splendeur des cieux,

Le Christ qui demandait notre grâce à son Père ; Et la paix aussitôt, divine messagère, Apparut à nos yeux, ravis de ce bonheur, Conduisant par la main notre unique Sauveur.

La France, sous ses lois, et forte, et rajeunie, Reprenait, grâce lui, sa force et son génie ; Reniant du passé les fatales erreurs, Elle ne livrait plus sa vie aux empereurs,

A ces hideux Césars qui, montés sur le trône, Sur leur front sans pudeur attachaient la couronne, Dans la boue et le sang se vautraient à plaisir, Et, nous faisant tuer, se gardaient de mourir.

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