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1900

TRIOLETS DES PAUVRES FILLES

Albert MÉRAT

Les pauvres filles, dès le soir, Turbinent, turbinent, turbinent ; Elles ne peuvent pas s'asseoir, Les pauvres filles, dès le soir.

Leurs pareilles du promenoir, Qui font comme elles, les débinent. Les pauvres filles, dès le soir, Turbinent, turbinent, turbinent.

Il est bien simple le décor : Le trottoir sale, un temps atroce ; La pluie et le froid sont d'accord, Il est bien simple le décor.

L'empeigne peut marcher encor, Mais la semelle, c'est si rosse ; Il est bien simple le décor : Le trottoir sale, un temps atroce.

Elles ont souvent sur le bras : « J'aime la Boule pour la vie » : C'est gentil, ça ne se voit pas Ce qu'elles portent sur le bras.

On ne marque plus les forçats, Et la torture est abolie ! Elles ont souvent sur le bras : « J'aime la Boule pour la vie ».

Elles vous appellent beau blond, Même passé la cinquantaine : Sachant presque ce qu'elles font, Elles vous appellent beau blond.

Plus d'un vieux beau tressaille au fond A cette horrible turlutaine. Elles vous appellent beau blond, Même passé la cinquantaine.

On pencherait vers la pitié, Car elles sont les misérables ; Pourtant ne penchons qu'à moitié. On pencherait vers la pitié.

Leur salaire est clarifié Par des filtrages déplorables. On pencherait vers la pitié, Car elles sont les misérables.

Bayard ne serait pas sans peur S'il rencontrait leur petit homme Dont le foulard n'est pas trompeur. Bayard ne serait pas sans peur.

Il renverserait la vapeur Ou s'esbignerait, c'est tout comme. Bayard ne serait pas sans peur S'il rencontrait leur petit homme.

Il pleut, il pleut, bergère… Hélas ! Il pleut sur ces pauvres bergères. Il est loin le temps des lilas ! Il pleut, il pleut, bergère… Hélas !

Les heures sonnent comme un glas, Quelques-unes leur soient légères ! Il pleut, il pleut, bergère… Hélas ! Il pleut sur ces pauvres bergères.

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