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1872

SOIR DE LUNE

Albert MÉRAT

L’azur du soir s’éteint rayé de bandes vertes. Comme hors de son lit un fleuve débordé, La lune se répand, et l’éther inondé Ruisselle, des coteaux aux plaines découvertes.

Sous le voile muet de ces lueurs désertes, Nulle voix qui s’élève et nul pas attardé. Des bruits vivants du jour la terre n’a gardé Que le vague frisson des feuilles entr’ouvertes.

C’est un cadre incertain de rêves allemands, Un linceul de clarté bleue et de flots dormants, Où la nature a froid comme une ensevelie. Les champs semblent noyés, et, sous le clair rideau

Des chênes, l’œil rencontre avec mélancolie De blancs rayons tombés comme des flaques d’eau.

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