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1900

DANSEUSES

Albert MÉRAT

Sans remonter à Tanagra, Aux frêles danseuses d'argile, Nous entrerons à l'Opéra, Sans remonter à Tanagra.

Rendons du mieux qu'il se pourra Cet art exquis, rare et fragile. Sans remonter à Tanagra, Aux frêles danseuses d'argile.

Mesdames du corps de ballet, Bien que vous soyez d'Italie Très souvent, ce qui n'est pas laid, Mesdames du corps de ballet,

Laissez-moi parler, s'il vous plaît, De votre illustre compagnie. Mesdames du corps de ballet, Bien que vous soyez d'Italie.

Nous prendrons les tutus français Comme enseignement, comme exemple : C'est du nectar bu sans excès ; Nous prendrons les tutus français.

Jamais de crises, ni d'accès, L'ivresse qui sied dans un temple. Nous prendrons les tutus français Comme enseignement, comme exemple.

Jamais de ces ballabile Où les bras sont des tentacules Et la « dona trop mobile », Jamais de ces ballabile ;

Un jeu savant, pas emballé Sans piqûres de tarentules. Jamais de ces ballabile Où les bras sont des tentacules.

Rats ni marcheuses ne sont rien Auprès de ce que les quadrilles Font de bien plus aérien. Rats ni marcheuses ne sont rien.

Sans être un vieux galérien, On en a mal dans les chevilles, Rats ni marcheuses ne sont rien Auprès des nymphes des quadrilles.

Puis c'est l'essor, l'envolement Vers la rampe, des choryphées, Qui lèvent simultanément Les bras dans un envolement,

Et les jambes semblablement, Sans tomber, sans être des fées ! Puis c'est l'essor, l'envolement Vers la rampe, des coryphées.

Quant au premier sujet, voilà Le vrai tour de force et de hanche. Où diable est-il ? Il était là. Le premier sujet, le voilà

Qui revient sur un tra-la-la, Rose dans une mousse blanche. Quant au premier sujet, voilà Le vrai tour de force et de hanche.

Les bras courbés sont vers le front Les anses roses d'une amphore, Ligne pure que rien ne rompt. Les bras s'incurvent vers le front,

Rythmant le battement plus prompt Du pied qui semble dire : encore ! Les bras courbés sont vers le front Les anses roses d'une amphore.

Valses lentes, pizzicati, Ballon, sauts, pirouettes, pointes, Pour l'orchestre et tutti quanti. Valses lentes, pizzicati ;

Entrechat jeune ou décati, Jambe qu'on lève, jambes jointes. Valses lentes, pizzicati, Ballon, sauts, pirouettes, pointes.

Leur sourire manque d'appas ! Je voudrais bien vous voir sourire, Ou plutôt je ne voudrais pas. Leur sourire manque d'appas,

Celui de Monsieur Petitpas Était, avouez-le, bien pire. Leur sourire manque d'appas ! Je voudrais bien vous voir sourire.

Pour la caresse de nos yeux Elles sont comme sur les vases Où buvaient les Grecs radieux, Pour la caresse de nos yeux.

Ces beaux gestes qu'aimaient les Dieux Demeurent nus malgré les gazes. Pour la caresse de nos yeux Elles sont comme sur les vases.

Mauri, Subra, le chœur divin Des lointaines, des disparues, Vous n'êtes pas belles en vain. Mauri, Subra, le chœur divin !

La beauté, c'est encor le vin Par qui les races sont accrues. Mauri, Subra, le chœur divin Des lointaines, des disparues !

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