Skip to content
1886

TIDOGOLAIN

Jean MORÉAS

La dame — en robe grivelée — Par le verger s'en fut allée. Belle de corps et d'air hautain, Les yeux comme cieux du matin ;

Au col un collier de cinq onces, Et dans ses cheveux de jaconces Un large cercle d'or battu, Avec des pierres de vertu.

Or, portant le bracet fidèle Un nain marchait à côté d'elle, Un nain ni tant fol ni vilain Qui avait nom Tidogolain :

" j'ai fin samit. Au doigt j'ai rubacelle, J'ai daguette à pommeau de diamant. De doubles d'or lourde est mon escarcelle ; Sur mon chapel et plume et parement.

Las ! Réjoui ne suis aucunement : Que fait-il, faste, et que fait opulence ? Amour occit mon cœur de male lance. J'ai destrier qui, sans qu'on le harcèle,

Bondit crins hauts et le naseau fumant ; Le frein de gemmes et d'argent ruisselle, De pourpre est le caparaçonnement. Las ! Sans armet, ma tête dolemment

Penche, et mon bras de fer est sans vaillance. Amour occit mon cœur de male lance. Anne, Briande, et Doulce la pucelle Aux cheveux blonds, plus blonds que le froment,

Et la dame de Roquefeuilh, et celle Pour qui mourut le roi de Dagomant, M'offrent joyeux réconfort ; mais comment Auraient-elles à mes yeux précellence ?

Amour occit mon cœur de male lance. Princesse, pouvez seule à mon tourment Porter nonchaloir et allègement, Car c'est de la tour de votre inclémence

Qu'amour occit mon cœur de male lance. " Ainsi chanta Tidogolain Le nain ni tant fol ni vilain. (dans l'air tiédi de la venelle

Fluaient des senteurs de canelle, De spicpètre et de serpolet.) Et la dame dit : ce me plaît.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
TIDOGOLAIN · Jean MORÉAS · Poetry Cove